vendredi 22 mai 2026
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La dépendance aux engrais de l’agriculture française et européenne

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engrais agriculture

Avec la crise de l’énergie du printemps 2026, l’Europe et la France en particulier, découvrent la grande dépendance de l’agriculture aux importations d’engrais. Un intrant essentiel dont le prix augmente avec celui du gaz et du pétrole.

 

 

L’Europe, avec pour champion la France, est une grande région agricole, mais une puissance fragile très dépendante de ces approvisionnements en engrais. L’Europe importe 40% des engrais dont elle a besoin pour faire « tourner » son agriculture. La situation est pire pour la France, dépendante à 70% des engrais achetés à l’étranger.

 

 

Les engrais ont augmenté de 50%

 

 

Or, la production de ces engrais exige beaucoup d’énergie et leurs prix augmentent avec celui du gaz et du pétrole. Les agriculteurs s’inquiètent fortement de la hausse des prix des engrais. En un an, entre avril 2025 et avril 2026, le coût des ammonitrates, des engrais azotés minéraux courants, a augmenté de 50%.

 

 

Besoins d’éléments minéraux

 

 

La France produit très peu d’engrais car elle ne dispose pas des matières premières pour cela. Or, son agriculture, parmi les plus productives du monde (20% de la production de blé européenne) en a énormément besoin. Petit rappel pédagogique : pour pousser, les plantes, dont les céréales, ont besoin d’éléments minéraux (azote, phosphore, potassium). Les engrais apportent ces minéraux. L’azote est l’un des apports les plus essentiels car il aide la plante à produire des protéines et des acides aminés.

 

 

Engrais organiques et engrais minéraux

 

 

Les agriculteurs utilisent des engrais organiques (fumier, compost…) et des engrais minéraux (engrais phosphatés, engrais azotés provenant de l’ammoniac).   La France a peu d’usines d’engrais chimiques (minéraux), car elle n’est pas compétitive. Elle importe ses engrais phosphatés du Maroc et dans une moindre mesure de Russie. Depuis une trentaine d’années, l’agriculture a réduit un peu sa dépendance grâce à la fertilisation raisonnée, c’est-à-dire l’apport de la juste dose de fertilisants en équilibrant les besoins de la plante et les fournitures d’azote du sol. Mais la dépendance vis-à-vis de l’étranger aux apports d’engrais minéraux est bien réelle et difficile à diminuer.

 

La solution  : des cultures de légumineuses 

 

Selon les experts de l’INRAE, on utilise déjà fortement la solution des engrais organiques, via le retraitement des effluents d’élevage, et il semble difficile d’aller au-delà. L’une des solutions serait de développer les cultures de légumineuses (haricots, soja, lentilles…). Ces plantes ont en effet une caractéristique intéressante : elles se nourrissent de l’azote présente dans l’air et n’ont donc pas besoin d’engrais azotés dans le sol.

 

L’agriculture pourrait donc avantageusement se réorienter vers la culture de légumineuses fourragères (trèfle, luzerne…), de soja, de haricots… Mais ces cultures moins productives nécessitent davantage de surfaces. Pour les développer, il faudrait changer la répartition des terres, réduire la part dédiée à l’élevage, et donc au passage, réduire la consommation de viande en France.

 

 

Katrina Lamarthe

 

Sources : Inrae