
La biodiversité sur la Terre est terriblement menacée par nos modèles agricoles intensifs. Il est urgent de changer de logique de développement et d’agriculture.
En usant massivement de pesticides, en polluant les milieux naturels, en participant à la déforestation, la société moderne a initié un mouvement d’effondrement de la biodiversité. Le taux « normal » de disparition des espèces (en l’absence de facteurs humains et de catastrophe) est selon certains scientifiques, de 0,1 à 1 espèce par an. Or, on observe aujourd’hui un taux d’extinction huit à cent fois supérieur à ce taux.
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Extinction de masse
Selon Tatiana Giraud, biologiste, directrice de recherche au CNRS, autrice de La Biodiversité en infographies, la chute serait pour certains groupes d’espèces de 10 à 100 fois supérieure à celle de la dernière grande extinction de masse, il y a 65 millions d’années (période de disparition des dinosaures). Selon cette biologiste, plus d’un million d’espèces (une sur huit) sont menacées d’extinction.
Vertébrés, insectes, amphibiens…
En moins de cinquante ans, la population des vertébrés a diminué de 73% dans le monde. La disparition massive des insectes est bien connue. On parle d’une perte de 70% à 80% des insectes volants en 20 ans en Europe. Corollaire inévitable de la disparition des insectes, l’extinction des amphibiens est encore plus rapide. Quant aux oiseaux, ils ne pouvaient pas ne pas être touchés. Depuis 2001, les populations d’oiseaux de milieux agricoles (comme les passereaux) ont chuté en Europe de 32,5%, selon la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Le CNRS cite des chiffres plus élevés encore.
L’agriculture intensive, cause principale
L’agriculture intensive, avec l’augmentation d’engrais et de pesticides utilisés par hectare, est la cause essentielle de la chute des espèces d’oiseaux. L’augmentation globale des températures est une autre source de pression sur de nombreuses espèces. Les conséquences de la chute de la biodiversité sont plus larges qu’on l’imagine. Tatiana Giraud en rappelle quelques unes : des inondations, la recrudescence des maladies dans les cultures, la baisse de la production agricole liée à la perte de fertilité des sols….
OGM, davantage de pesticides
Il serait vain de miser sur telle ou telle innovation pour espérer trouver la solution. Tatiana Giraud rappelle par exemple que les OGM, supposés permettre l’avènement de plantes modifiées plus résistantes, ont accru l’usage des pesticides. Dans les cinq principaux pays cultivant des OGM, le recours aux herbicides a plus que doublé. Un biais assez prévisible car les OGM ont très souvent été mis au point pour être tolérants à divers pesticides (pensons au Round up).
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Globalité des écosystèmes
Les scientifiques le martèlent : aucune approche ponctuelle, aucune innovation n’est pertinente pour mettre un terme aux menaces sur la biodiversité. Il faut appréhender les écosystèmes dans leur globalité, tenir compte des innombrables interactions dans le monde du vivant, et donc changer radicalement de modèles pour espérer enrayer cet effondrement.
JC Nathan
Sources : La Biodiversité en infographies. Tatiana Giraud. Editions Tana, mars 2026.



























