Pas de chocolat sans cacao

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cacao chocolat

cacao chocolatSi le cacao venait à manquer ou à devenir très cher, le chocolat, l’un des produits fétiche des Français deviendrait un aliment de luxe.

 

On ne fait pas de chocolat sans cacao, a rappelé opportunément le directeur général du groupe Barry Callebaut, leader mondial des produits à base de chocolat. Alors que se déroule à Paris, le salon du chocolat, les grands professionnels du secteur (Barry Callebaut, Nestlé, Unilever, Mars…) multiplient les annonces alarmistes sur les risques de pénurie de cacao et la hausse inévitable des prix. Selon le journal Les Echos, le cours du cacao a bondi de 50% en un an et des grandes marques comme Mars (barre Mars, Twix, Snickers, M&M’s…) ont déjà augmenté de 7 à 8% le prix de leurs confiseries.

 

Chinois et brésiliens

 

Les gourmandises chocolatées pourraient devenir de plus en plus chères. Emoi pour la majorité des consommateurs français qui en ont fait leur « drogue » licite quotidiennne. En cause dans les tensions sur le marché du cacao, l’arrivée des nouveaux consommateurs chinois, brésiliens… qui se découvrent une passion pour le chocolat et commencent à mettre le marché sous pression. Depuis quatre à cinq ans, la demande est systématiquement supérieure à l’offre. Il est vrai que l’offre de son côté n’est pas en grande forme. La production plafonne à un peu plus de 4,1 – 4,3 millions de tonnes par an.

Lire l’interview de Philippe Bastide, expert en cacao au Cirad.

 

Cacaoyers vieillissants

 

L’Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Ghana pour l’essentiel) qui fournit 70% du cacao mondial n’est pas en mesure d’augmenter sa production. Les petits producteurs, qui vivent dans un grand dénuement, se sont détournés d’une culture qui demandait beaucoup de travail et rapportait trop peu (environ 1,3 euro par kilo) pour se réorienter sur l’hévéa ou l’huile de palme, quatre fois plus rentable. Il faudrait tripler (voire sextupler) les rendements des plantations (actuellement de 400 à 500 kg l’hectare) pour que l’activité redevienne intéressante. Mais les plantations sont en piteux état, les équipements presque inexistants. Les cacaoyers sont vieillissants et attaqués par des parasites.

 

Cocoa Action

 

Du coup, les grands industriels occidentaux redécouvrent l’importance d’investir dans la formation des cultivateurs africains ou dans la recherche et développement. Les industriels réunis dans une task-force (Cocoa Action), avec l’aide d’organismes scientifiques tels que le Cirad ou le Centre national de recherche agronomique (CNRA), tentent de mettre en avant de nouvelles variétés de plantes plus productives. On travaille aussi sur des nouvelles techniques de fermentation des fèves de cacao afin de simplifier l’élaboration compliquée du cacao et d’améliorer la puissance aromatique des produits.

 

Plaquette de 80 g

 

Si le cacao devient hors de prix, il y a fort à parier qu’on verra de plus en plus de produits chocolatés fortement enrichis en adjuvants divers et variés (raisins, noisettes, noix de coco, fruits, crèmes….). Les connaisseurs ont déjà remarqué le retour de la plaquette de 80 g (contre 100 g habituellement). Une astuce de présentation qui permet de rendre quasi « indolore » la hausse de la matière première.

 

Revenu et plaisir

 

Le risque de pénurie mondiale du cacao et la tension sur les prix ont au moins une vertu : attirer l’attention de l’opinion publique sur les conditions désastreuses des cultivateurs, la question sensible du travail des enfants dans les exploitations de cacao, la rémunération injuste du petit producteur. Selon l’ONG Oxfam, le cultivateur touche l’équivalent de 3% du prix de vente d’une plaquette de chocolat. Un revenu insuffisant pour vivre décemment. Un aspect du dossier qui gâche en partie le plaisir procuré par une bonne barre de chocolat !

 

Eric Allermoz

 

Sources : www.latribune.fr

www.lesechos.fr

 

Photo : http://gastronomesdaujourdhui.files.wordpress.com

 

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