
Des perdrix grises en conditions semi-naturelles ont été exposées à un mélange de pesticides. Même à doses réduites, la combinaison des substances a porté atteinte à leur santé. Un effet cocktail des pesticides qui concerne tout le vivant.
Exposer des perdrix à un effet cocktail de pesticides, lié à un mélange de pesticides comme il en existe dans tout paysage agricole. Voilà l’expérience que viennent de mener des chercheurs du Centre d’Études Biologiques de Chizé (La Rochelle Université/CNRS) et du Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CNRS/Université de Montpellier/EPHE/IRD).
En règle générale, on mesure les effets d’une substance prise séparément. Les scientifiques ont voulu tester une situation beaucoup plus réaliste dans l’environnement agricole : l’exposition chronique à des mélanges de pesticides, à faibles doses mais répétées. Autrement dit, l’effet cocktail. Jusqu’à présent, on dispose de très peu d’études sur les effets combinés des pesticides et la façon dont ils impactent la faune. Or, c’est bien à ce type de pollution que la faune sauvage est soumise en milieux cultivés. Cela pourrait expliquer le fort déclin de nombreuses espèces d’oiseaux.
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Céréales de l’agriculture conventionnelle
Durant cinq mois, 35 perdrix grises (espèce emblématique des plaines agricoles, en fort déclin), maintenues en conditions semi-naturelles (en contact avec l’environnement, l’air, l’eau, les écoulements, les sols), ont été nourries avec des céréales issues de l’agriculture conventionnelle, c’est-à-dire porteuses de pesticides.
Etat de santé dégradé
Première découverte, les perdrix ont été contaminées par des substances qui n’étaient pas présentes dans les graines, preuve que l’environnement aggrave l’exposition aux polluants par ingestion. Seconde découverte, l’état de santé des perdrix exposées à un cocktail classique de pesticides s’est dégradé. Parmi les symptômes, les chercheurs ont identifié une baisse de l’activité physique, la fragilisation d’un signal sexuel majeur (une tache colorée autour de l’œil), une baisse de la réactivité face au danger, une chute d’un des signaux de l’activité neurologique (l’acétylcholinestérase)….
Impact sur le vivant
Pour les chercheurs du CNRS, cette étude tend à prouver que le nombre de molécules, leur concentration cumulée et leur toxicité combinée contribuent très probablement au déclin avéré de diverses espèces sauvages. Il s’agit donc de continuer les recherches pour connaître le véritable impact des combinaisons de pesticides sur l’ensemble du vivant. En particulier sur les humains, tout autant exposées que les perdrix grises.
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Aurélie Laroche
Sources : CNRS
Projet de recherche conduit par Jérôme Moreau et Karine Monceau ainsi que par Sophie Dupont (valorisation scientifique). Centre d’Études Biologiques de Chizé (La Rochelle Université/CNRS) et Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CNRS/Université de Montpellier/EPHE/IRD).































