Les semences dans l’agriculture de l’avenir

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semences et biodiversité

semences

A l’heure où les parlementaires travaillent sur une loi de modernisation de l’agriculture (Loi d’Avenir de l’Agriculture et de la Forêt), le débat sur les semences est relancé avec force dans le monde agricole.

 

Depuis des années, petits agriculteurs, partisans du bio, défenseurs de l’environnement  (Confédération paysanne, Attac…) mènent une guerre de tranchées contre les pouvoirs publics, la Commission européenne, les grandes firmes multinationales, afin de faire valoir la liberté en matière de production et d’utilisation des semences. Le débat un peu technique des semences échappe au grand public alors que les enjeux économiques et sociétaux sont énormes.

 

Paysans, sélectionneurs de semences

 

Durant des millénaires, les paysans ont utilisé une partie de leurs graines (semences) pour semer ou replanter. Au fil des saisons, les agriculteurs sélectionnaient les graines des plants les plus adaptés. Ils acclimataient les espèces végétales à l’environnement et encourageaient l’apparition de variétés locales et la biodiversité.

 

Le catalogue officiel

 

Courant du XX° siècle, la France (et la plupart des états européens) règlemente les semences et met en place un catalogue des variétés de semences et de plants qui peuvent être commercialisés. La règlementation a pour but de protéger les cultivateurs contre les fraudes et les contrefaçons, de protéger des espèces stables, bien distinctes et homogènes, et d’assurer la sécurité alimentaire. Désormais, seules les semences inscrites au catalogue officiel des espèces et variétés végétales pourront circuler. Les cultivateurs peuvent encore utiliser leurs propres semences mais ils n’ont pas droit de les vendre ou de les échanger.

Le catalogue européen compte plus de 18 200 variétés de grande culture pour 84 espèces végétales différentes (2 000 pour les cultures céréalières et oléo-protéagineuses) et plus de 16 200 variétés potagères de près de 48 espèces différentes

La part belle aux grandes firmes

 

Le système du catalogue est très critiqué par les défenseurs de la biodiversité. Selon eux, la législation et la toute-puissance du catalogue fait la part belle aux grandes firmes semencières. L’inscription d’une variété au catalogue coûte cher, les conditions d’accès sont très contraignantes. Petit à petit, les grands groupes imposent des variétés adaptées à des cultures très productives (usage intensif d’engrais) et placent les agriculteurs dans la dépendance économique (rachat systématique de semences).

Appauvrissement de la diversité végétale

 

La critique majeure du monopole imposé par le catalogue officiel des plantes est d’aboutir de facto à un profond appauvrissement de la diversité végétale. Par exemple, la moitié des surfaces cultivées  en blé tendre sont ensemencées avec seulement sept variétés de blé. 80% des légumes cultivés il y a cinquante ans ont disparu ! Or, sans diversité, pas d’adaptation des plantes aux conditions locales, et moindre résistance aux maladies.

 

Les paysans bio misent sur la diversité

La question des semences se pose avec beaucoup d’acuité en agriculture bio. Pour lutter contre les maladies et les agresseurs, les paysans bio qui n’utilisent pas de « chimie de synthèse », misent sur la diversité des variétés dans leurs champs et les heureux croisements qui se font plus ou moins spontanément. Leur stratégie culturale est à l’opposé des monocultures et de la standardisation végétale encouragées par les grands semenciers.

 

Depuis deux à trois ans, les pouvoirs publics français et européens semblent s’ouvrir aux positions des défenseurs de la biodiversité céréalière et végétale. Néanmoins, ceux-ci continuent de craindre la main-mise des grands groupes multinationaux sur « le vivant », via les certificats d’obtention végétale, les brevets et autres droits de propriété industrielle. Un débat qui recouvre quasiment celui sur les OGM.

 

JC Nathan

 

Sources : www.gnis.fr

/www.semencespaysannes.org

www.confederationpaysanne.fr

Photo : www.gnis.fr

 

 

 

 

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