Emmanuelle Kesse-Guyot, épidémiologiste à l’Inra

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E Kesse-GuyotComprendre l’impact de l’alimentation bio sur le plan nutritionnel et toxicologique

 

Vous coordonnez BioNutriNet, une vaste enquête sur les consommateurs bio et les incidences des régimes bio. On disposait en fait de peu de données précises sur ces questions ?

 

Concernant la question du bio, on lit et on entend beaucoup de choses mais finalement, on dispose de peu d’informations précises. On ne sait rien par exemple de la part relative des aliments bio dans l’alimentation globale des consommateurs bio. On ne sait rien sur l’impact de ce type de consommation sur la santé et sur l’environnement au niveau individuel. En lançant BioNutriNet, nous souhaitons évaluer cette consommation, la caractériser, élaborer des profils de consommateurs bio, décrire les individus par rapport à des données comportementales, sociodémographiques, etc.

 

 

L’étude va être menée par des équipes pluridisciplinaires : épidémiologistes, nutritionnistes, biologistes…

 

Effectivement. Car nous nous intéressons à de nombreux aspects : environnement, toxicologie… Par exemple, on veut évaluer les incidences environnementales d’une consommation bio par rapport à une non-bio.

On s’intéresse aux contaminants également. Avec l’aide des chercheurs de l’Institut Technique de l’Agriculture Biologique qui disposent de données sur la contamination des aliments, on va pouvoir préciser quelle quantité de contaminants on ingère en fonction du panier consommé. Et ainsi déterminer les différences d’expositions aux contaminants selon les régimes.

 

 

BioNutriNet va utiliser des analyses biologiques ?

 

Dans le cadre de NutriNet (258 000 personnes inscrites depuis le lancement en 2009), nous disposons de diverses données biologiques (analyses d’urine, de sang…) sur un sous-échantillon. Sur un groupe de 300 consommateurs bio et non-bio nous étudierons des empreintes métaboliques liées au métabolisme des individus et leur alimentation. Nous allons les rapprocher de données connues sur les résidus de contaminants liés à l’alimentation, et ainsi étudier l’impact de l’alimentation sur le plan nutritionnel et toxicologique.

 

Quelle est la difficulté spécifique à ce type d’étude ?

 

Il faut parvenir à distinguer deux phénomènes influant sur les résultats : la manière générale de s’alimenter (NDLR : par exemple, plus ou moins de fruits et légumes, plus ou moins de viande) ; le fait de manger bio ou non. Il faut parvenir à distinguer les deux types d’effets. Pour cela, on a recourt à des techniques d’appariement : on cherche à associer une personne « non bio » ayant tel régime alimentaire avec son « jumeau » en bio.  Il s’agit de gommer toutes les caractéristiques pour ne retenir que la seule pertinente dans le cadre de notre travail: le fait d’être consommateur bio ou pas.

 

L’étude se place sur le terrain de la santé mais aussi de l’environnement…

 

Le développement durable devient une question vitale pour l’avenir de la planète. Il est essentiel d’avoir une image complète des filières bio d’amont en aval. On ne peut pas confondre bio et durable. Une banane bio qui est transporté sur des milliers de kilomètres n’est pas forcément durable !

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