Huile de palme : la forêt tropicale reste l’enjeu primordial

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Le débat en France sur l’huile de palme s’est déporté sur la question de la santé. Un curieux dérapage. L’urgence est avant tout environnementale.

 

 

La France s’est bruyamment illustrée en novembre 2012 en proposant une taxe de 300 euros par tonne sur l’huile de palme importée. Le fameux amendement Nutella a brouillé un débat, déjà passablement complexe. Car, encore plus qu’une question de santé, l’huile de palme soulève un  problème environnemental crucial.

 

 

Une huile très rentable

 

 

L’huile de palme est extraite (par pression à chaud) de la chair et de l’amande des fruits du palmier. On la retrouve désormais dans une très grande partie des produits alimentaires (30%) et des produits cosmétiques. Elle représente désormais un tiers du marché mondial de l’huile (contre 26% pour le soja). Comme le palmier pousse très vite, sa culture est particulièrement rentable. L’Asie du sud-en a fait sa spécialité. L’Indonésie (20,5 millions de tonnes) et la Malaisie (17,6 millions de tonnes) produisent ainsi 85% de la production mondiale d’huile de palme. Sur l’île de Sumatra, les paysans ont abandonné les cultures d’hévéa ou de riz au profit du palmier à huile. Aujourd’hui, 15 à 20 millions d’Indonésiens vivraient de l’huile de palme.

 

 

Des espèces animales et des ethnies menacées par les cultures de palmiers

 

 

Problème, les dégâts pour la forêt et la biodiversité sont prohibitifs. L’Indonésie a perdu 45% de ses forêts primaires ces cinquante dernières années. Chaque année, sur les 500 000 hectares nouvellement dévolus au palmier, la moitié serait prise sur de la forêt. L’impact en termes de dissémination de gaz à effet de serre est énorme. De nombreuses espèces animales d’une très grande valeur (tigres, orang-outan, éléphants), ainsi que des ethnies vivant en forêt sont directement menacées. Sumatra, Bornéo, la Papouasie-Nouvelle Guinée sont désormais des régions en situation environnemental critique.

 

Or, le processus semble devoir s’aggraver.  D’ici à 2030, les besoins alimentaires et énergétiques mondiaux (en particulier de la Chine et de l’Inde) seront tels que la production d’huile de palme devrait doubler (estimation FAO). Le gros de cette nouvelle production va se faire en Indonésie.

 

Un label respectueux de l’environnement

 

La marge de manœuvre pour limiter ces dommages est étroite. Créée en 2004, la Table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO) regroupe des ONG, des industriels, des distributeurs, des banquiers. En jouant la concertation entre les acteurs de la filière, elle défend un label de l’huile de palme respectueux de l’environnement et des petits producteurs. En 2012, RSPO estime que 10% de l’huile de palme est désormais produite dans des conditions acceptables (notamment sans créer de dégâts environnementaux).

 

L’indonésie ne joue pas le jeu

 

On est donc loin d’une situation rassurante, puisque 90% de la production mondiale ne répond à aucun critère socio-environnemental, et que jusqu’ici, l’Indonésie se refuse à jouer le jeu du développement durable de l’huile de palme. De plus, la nature même de l’organisation de RSPO (représentant autant les intérêts économiques que les « écologistes ») risque de limiter fortement l’efficacité de son action.

Autant dire que si l’on veut freiner les ravages de l’huile de palme, il va falloir encore  mobiliser très fortement l’opinion publique, et défendre ardemment cette cause dans les instances internationales.

 

JC Nathan

 

Source : De la déforestation à la nécessaire durabilité. Rapport WWF 2011.

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