Jean-Paul Collaert, Monsieur Céréales

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auteur de Céréales

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« Les céréales supportent des augmentations de rendement énormes… »

 

Ingénieur agronome de formation, journaliste spécialiste des questions horticoles, Jean-Paul Collaert vient de publier Céréales (640 p.) aux Editions Rue de l’échiquier.

 

Les cultures céréalières sont synonymes de cultures intensives, de traitements pesticides, de gaspillage de l’eau, d’épuisement  des sols, d’érosion … Est-ce une image caricaturale ou la réalité ?

 

L’agriculture reflète la société dans laquelle elle s’insère. Dans une société où l’on a favorisé les grands regroupements urbains, l’émergence de grandes structures coopératives, des circuits de distribution modernes, il est logique d’avoir un tel modèle agricole. Le modèle intensif est favorisé dans le cas des céréales, car elles supportent des augmentations énormes de rendement. Pour l’environnement, ce n’est pas sans conséquences. Par exemple, en Australie, on s’achemine vers une catastrophe écologique.

 

Il y a des agriculteurs qui cherchent à cultiver différemment ?

 

On ne s’en doute pas forcément mais nombreux sont les agriculteurs qui explorent d’autres façons de travailler. Ainsi, beaucoup ont abandonné les labours qui ont tant contribué à épuiser les sols. Ils prennent du recul par rapport à leurs pratiques, échangent beaucoup entre eux sur Internet. Est-ce que cela va induire un changement ? Ce n’est pas si simple. Il faut se rendre compte que l’agriculteur est très seul. Face à lui, le monde des coopératives ne tient pas spécialement à changer les choses, pas plus que les pouvoirs publics qui tiennent à préserver les excédents commerciaux liés aux exportations de céréales.

 

L’augmentation démographique mondiale n’exerce-t-elle pas une pression permanente sur les cultures céréalières ?

 

Il y a une corrélation très étroite entre les courbes de croissance démographique et la hausse des récoltes dans le monde. La nécessité de nourrir 7 milliards de personnes, bientôt 10, suppose le maintien des terres cultivées actuelles et la mise en cultures de nouvelles terres, en Afrique en particulier. Le continent africain devrait connaître la même révolution que ce que nous avons vécu dans les années 1950, avec un quasi doublement des rendements agricoles. Les Africains pourront-ils le faire en respectant l’environnement ? La question reste entière.

 

Que pensez-vous de l’avènement des céréales OGM ?

 

Les grandes firmes de la chimie et des phytosanitaires ont amorti une quinzaine d’années de recherches en mettant très tôt sur le marché nord américain et sud américain des plantes résistantes aux insectes ou tolérantes aux insecticides. Pour les agriculteurs, même si le maïs OGM ou le soja OGM n’ont pas tenu toutes les promesses annoncées en termes de rendement, il n’y a pas eu non plus de « catastrophe » agricole. Le principal problème qui pourrait se poser à eux, c’est une hausse du prix des semences. Il n’y a que des prix trop élevés qui pourraient faire renoncer aux OGM les agriculteurs qui ont sauté le pas.

 

Pour autant, les OGM n’apparaissent pas comme « la » solution aux défis que doit relever le monde céréalier…

 

Pas plus que n’importe quel hybride d’ailleurs. Pour recourir à une métaphore, rien ne sert d’avoir une Formule 1 si c’est pour rouler sur un chemin de terre. Les semences ne sont qu’une partie d’un tout qui comprend le dynamisme des agriculteurs, des méthodes culturales adaptées, une agronomie proche d’eux…

 

Dans votre ouvrage « Céréales », vous êtes assez critique vis-à-vis des agriculteurs « bio »…

 

Ma critique ne porte pas sur le bien-fondé des techniques bio, qui ont leur cohérence, mais sur une certaine réticence au professionnalisme. Je raconte dans mon ouvrage comment, après un démarrage plutôt dynamique dans les années 1960 et 1970, le bio s’est enlisé.

 

Vous semblez davantage croire aux agriculteurs qui misent sur le progrès technique ?

 

Les agriculteurs sont des gens qui observent beaucoup, qui sont curieux, qui aiment expérimenter. Les outils modernes (GPS, photo-satellites…), comme on en voit déjà au Canada, aux Etats-unis et dans les grandes exploitation européennes, vont les aider à être plus réactifs, à avoir à la fois une vue plus globale et des données précises sur ce qui se passe sur leurs terres. La technologie va les aider à se réapproprier leur travail.

 

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