Le gaspillage alimentaire, un luxe inacceptable

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Glaneurs anti-gaspi

Glaneurs anti-gaspiLe gâchis alimentaire est une aberration des circuits agro-alimentaires mondiaux. Il est de moins en moins acceptable alors que les ressources de la planète sont menacées.

 

Le gaspillage de la nourriture dans les grands pays développés est bien supérieur à ce que l’on imagine. Aux Etats-Unis, ce serait la moitié de nourriture qui est jetée. Le Japon mettrait à la poubelle l’équivalent de 80 à 100 milliards d’euros de nourriture par an. En France, le gaspillage représente selon certaines estimations 260 kg d’aliments par personne et par an. Globalement, la plupart des études estiment qu’un tiers des aliments (1,6 milliard de tonnes de nourriture) sont perdus ou gaspillés tout au long de la chaîne alimentaire (lire l’interview de Tristram Stuart)

 

Le volume d’eau utilisé chaque année pour produire de la nourriture perdue ou gaspillée (250 km3) équivaut au débit annuel du fleuve Volga (Russie), ou trois fois le volume du Lac Léman. En termes de terres, le gaspillage accapare 1,4 milliard d’hectares de terres (28% des superficies agricoles du monde).

 

Deux conséquences inacceptables

 

Jeter chaque jour presque un tiers de la production alimentaire mondiale n’est pas admissible pour deux raisons majeures. La première est que ce fonctionnement  accentue la pression sur les cours des matières premières et les prix des denrées jusque dans le plus petit village du Pérou, du Yémen ou du Togo. En augmentant de façon artificielle la demande alimentaire, on augmente les prix et on contribue indirectement à la malnutrition d’environ 1 milliard de personnes. La seconde raison, c’est le coût effarant en ressources naturelles (eau, énergie, forêts, espaces naturels) et la pollution que génère la surexploitation agricole.

 

L’illusion de l’abondance

 

Il existe plusieurs facteurs à l’origine du gâchis alimentaire. L’un d’entre eux est que la plupart des systèmes de distribution (grandes surfaces, petits commerces, restaurants…) reposent sur l’illusion de l’abondance et le choix illimité. Dans tous les pays avancés, les commerces et les restaurants offrent en permanence jusqu’à deux fois ce dont ont besoin leurs clients, uniquement pour créer du confort et ne pas manquer une vente. Les marges bénéficiaires sont telles qu’il vaut mieux vendre un produit et en jeter un simultanément, plutôt que risquer de ne pas en vendre un.

 

Calibrage et dates limites de consommation

 

Autre facteur aggravant, les règles de fonctionnement des grands groupes de distribution qui refusent les fruits et légumes ne répondant pas strictement aux normes (aspect, calibre, forme) et contraignent les agriculteurs à jeter leur production. L’application stricte et très règlementaire des « dates limites de consommation » (DLC) ou « dates limites d’utilisation optimale » (DLUO), fait également jeter d’énormes quantités de denrées. L’absence de systèmes organisés de récupération et de recyclage des produits, tout comme le manque d’implication des distributeurs, aggravent un peu plus le tableau.

 

Des pertes effarantes à tous les stades

 

Tous les maillons de la chaîne alimentaire sont générateurs de pertes effarantes. C’est par exemple les dégâts de la surpêche et la destruction de quantités gigantesques de poissons capturés accidentellement et rejetés à la mer (25 à 30% de la pêche mondiale). C’est encore le coût exorbitant en céréales et en calories de l’élevage (il faut 10 kg de céréales en moyenne pour faire 1 kg de bœuf).

 

Gestion du frigo

 

Le consommateur ne peut pas totalement s’exonérer de toute forme de responsabilité, bien sûr. Il suffit d’étudier attentivement la gestion de son réfrigérateur, de ses achats de pain et de ses provisions pour en être persuadé. Pour moins gâcher, il faut acheter moins d’aliments, bien stocker, cuisiner des portions adaptées, accommoder les restes, composter les déchets.

 

D’ici à 2025, l’ONU souhaite diviser par deux ce gâchis mais il faudrait pour cela une très forte prise de conscience, un changement net des mentalités et des comportements. Le consommateur citoyen peut jouer un rôle dans ce changement, notamment en faisant pression sur ses fournisseurs.

 

Bernard Duran

 

Mouvements anti-gaspillage en France :

Disco Soupe. www.facebook.com/DiscoSoupe

France Nature Environnement : campagne Faut pas gâcher. www.fne.asso.fr

Des dizaines d’associations de glaneurs, telle que la Tente des Glaneurs Caen.- http://latentedesglaneurscaen.blogspot.fr – ; l’association des glaneurs chalonnais à Chalon-sur-Saône. www.facebook.com/lesglaneurs.duchalonnais

 

Sources : Global gâchis (452 p). Tristram Stuart. Rue de l’échiquier. 2013.

La Grande (sur) bouffe. Pour en finir avec le gaspillage alimentaire (98 p). Bruno Lhoste. Rue de l’échiquier. 2012.

Photo: La Tente des Glaneurs Caen

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