L’élevage bovin, combien de litres d’eau ?

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L’élevage bovin est-il une folie écologique ? On parle de 15 000 litres d’eau pour produire un kilo de boeuf. Mais que veut dire cette information ?

 

 

15 000 litres d’eau pour produire un kilo de boeuf. 1500 litres pour un steak. Tout le monde a lu un jour cette information, utilisée pour alerter sur l’impact environnemental de l’élevage bovin, en particulier sur les ressources en eau de la planète. Sachant que certaines régions de la planète risquent à terme d’être confrontées à des pénuries en eau, c’est l’une des grandes critiques adressées à l’élevage et à la consommation de viande. Lire aussi : Le boeuf

 

 

L’empreinte en eau

 

 

Quelle est la signification de ce chiffre impressionnant ? Ce chiffre fait référence à une méthode de calcul spécifique, l’empreinte eau virtuelle (en anglais, water footprint). Autrement dit,  le coût en eau de l’élevage bovin. L’empreinte en eau additionne trois types de dépenses en eau : l’eau bleue, l’eau verte, l’eau grise.

 

 

L’eau bleue, l’eau réellement consommée

 

 

« L’eau bleue » (eau captée dans les eaux de surface et les nappes phréatiques) est l’eau réellement consommée pour abreuver les animaux et irriguer les cultures fourragères nécessaires à l’alimentation des animaux. Cela comprend aussi l’eau utilisée par la filière abattoirs – boucherie pour rendre la viande consommable et commercialisable. En gros, un kilo de boeuf représenterait 50 à 60 litres (3 à 4% des 1500 litres).

 

 

 

L’eau verte et l’eau grise

 

 

 

Mais pour certains scientifiques, il faut aussi compter « l’eau verte ». L’eau verte est l’eau de pluie absorbée (puis évaporée) par les prairies dédiées aux troupeaux et les surfaces nécessaires pour les fourrages et les céréales pour les animaux. C’est l’essentiel (94%) du fameux chiffre de 15 000 litres. Paradoxe, plus l’élevage est extensif (pratiqué sur de grandes surfaces), plus la consommation en eau verte augmente. Or, l’élevage extensif est généralement prôné par l’approche écologiste.

« L’eau grise » est l’eau qui serait nécessaire pour traiter l’eau polluée et la remettre aux normes règlementaires. C’est une petite part (3%) dans le total des 15 000 litres.

 

 

Cultiver, rayonner

 

 

Pour contrer les campagnes écologistes, les défenseurs de l’élevage (à commencer par la filière de la viande bovine et le ministère de l’Agriculture) tentent de diffuser le chiffre beaucoup plus modeste (et acceptable) de 50 à 60 litres d’eau par kilo de viande. Le ministère de l’Agricuture, sous l’étiquette « Cultiver – Rayonner – Partager » se livre à des comparaisons hasardeuses. Dans un document officiel, on peut lire : il faut 50 litres d’eau pour produire un kilo de boeuf, 10 000 litres d’eau pour fabriquer un jean et 400 000 litres d’eau pour fabriquer une voiture…. Une comparaison absurde et inintelligible.

 

Mieux vaudrait comparer l’impact environnemental de l’élevage et des cultures de céréales ou de légumineuses (les protéines végétales exigent environ 50% d’eau en moins); étudier les conditions d’un élevage « durable »; essayer de réduire la water footprint (empreinte eau) de l’élevage… Bref, avoir une compréhension plus lucide du prix écologique de la viande et même de l’alimentation en général.

Lire aussi : La viande, mets de luxe

 

JC Nathan

 

Photo : Annik MH De Carufel Le Devoir

 

 

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