Angélique Delahaye, la solidarité des agriculteurs

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A Delahaye, SOLAAL

A Delahaye, SOLAAL

« Un agriculteur ne produit pas pour jeter ses produits. »

 

Les filières agricoles et agro-alimentaires viennent de créer SOLAAL, Solidarité des producteurs Agricoles et des filières ALimentaires. L’objectif est de faciliter les dons des producteurs agricoles et des acteurs de la filière alimentaire distributeurs et de lutter contre le gaspillage alimentaire. Angélique Delahaye est présidente de SOLAAL.

 

Pourquoi avoir créé SOLAAL ?

 

Avec la montée de la pauvreté, il est devenu insupportable pour les producteurs agricoles de savoir que des gens ne mangent pas à leur faim et dans le même temps, de voir des tonnes de produits gâchés. Un agriculteur ne produit pas pour jeter ses produits. De façon plus conjoncturelle, la modification des règles de la Politique Agricole Commune, notamment la suppression des quotas laitiers, a remis en cause un circuit qui permettait de recycler les excédents laitiers en dons alimentaires. Il fallait encourager la solidarité.

 

Jusqu’ici, il n’y avait pas de circuit global du don agro-alimentaire en France ?

 

Pas de circuit global, et rien sur les fruits et légumes. Ceux-ci représentent moins de 1% de l’apport alimentaire des plus démunis malgré leurs forts bénéfices santé. Pour diverses raisons (le refus du marché de produits non standardisés par exemple), les fruits et légumes sont au cœur du gâchis alimentaire. Je me suis moi-même engagé dans une lutte contre ce gâchis, dans la logique des initiatives de Tristram Stuart, activiste anti-gaspillage. L’idée de SOLAAL est de redistribuer aux plus démunis ce qui n’est pas distribué par le marché et au passage, d’éviter d’importants déchets.

 

SOLAAL fonctionne déjà. Certaines expériences pilotes sont en train de voir le jour…

 

La Ville de Tours, ville pilote, mène un projet avec les Banques alimentaires. Une camionnette passe dans une douzaine de supermarchés de la ville. Cela a permis de collecter 70 tonnes de produits en quatre mois. SOLAAL a commandé une étude à une équipe d’étudiants afin de modéliser ce projet de solidarité et voir comment le dupliquer dans d’autres agglomérations.
Autre projet à l’essai, le tri-conditionnement de fruitslégumes par un atelier d’insertion, une opération qui doit être réalisée dans un temps très court car les produits sont périssables. L’Association des épiceries solidaires travaille de cette façon à Rungis.

 

Quels sont les freins à la mise en place de circuits de dons alimentaires ?

 

Concernant les fruits et légumes, c’est une multiplication de petits problèmes. Certains produits sont conditionnés dans de grands emballages consignés, ce qui complique le circuit. Souvent, le coût logistique de collecte et de redistribution est prohibitif. Ramasser un champ de salades, cela coûte très cher. Mais, par ailleurs, les producteurs ne sont pas assez informés sur les possibilités du don. Beaucoup ne savent pas qu’il peut être plus intéressant économiquement  de donner que de jeter.

 

La fiscalité encourage  de diverses façons les dons alimentaires. Le dispositif devrait s’élargir dans le domaine agro-alimentaire ?

 

Les agriculteurs qui donnent leurs produits à des associations caritatives bénéficient d’un avoir fiscal. Mais cela ne concerne pas les produits qui doivent être transformés : le lait, les céréales par exemple… Si le gouvernement élargit l’avantage fiscal (comme il l’a annoncé), SOLAAL pourra créer des liens entre davantage d’agriculteurs donateurs et les associations caritatives, par exemple dans le domaine céréalier.

 

La réussite de SOLAAL repose sur une concertation entre les fédérations agricoles partenaires de l’association, les entreprises de la distribution, et les associations caritatives ?

 

Nous nous concertons avec les associations caritatives dans le cadre d’un comité de liaison. Tout le monde commence à s’asseoir autour d’une même table, à monter des opérations. Cela vient d’être le cas dans le kiwi, par exemple. SOLAAL va encourager cette concertation, jouer un rôle de facilitateur dans ce paysage.

 

Lire aussi : Les excédents agricoles transformés en aide alimentaire.

 

Source :

www.fnsea.fr/media/757301/communiquesolaal.pdf

 

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