La banane sans chlordécone

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banane et pesticide

La banane est vierge de chlordécone, dixit les scientifiques. On ne risquerait pas de s’intoxiquer avec ce violent insecticide encore très présent dans l’environnement antillais. Mais après trop de dissimulations, certains consommateurs sont inquiets.

 

 

La banane est-elle aussi innocente qu’on le dit ? Peut-on continuer à la servir au goûter des enfants ? Le scandale du chlordécone, cet insecticide utilisé abondamment dans les Antilles pendant une vingtaine d’années pour lutter contre le charançon noir repose avec insistance la question.

 

Le Képone, bon marché et efficace

 

 

Les mensonges et dérives inacceptables autour de l’usage de ce violent pesticide de la famille du DDT laissent craindre d’autres dissimulations. Pour éliminer le charançon noir, un méchant parasite du bananier, les cultivateurs antillais ont déversé de 1972 à 1993 des milliers de tonnes de chlordécone,  produit chimique bon marché et efficace connu sous le nom de Képone. Plusieurs autres pays européens ont imité la France.

 

Dans les années 1970, le produit est homologué alors qu’on commence à connaître sa toxicité ! Il est interdit en France en 1990 mais, grâce à des dérogations complaisamment accordées, utilisées en Martinique et en Guadeloupe pendant trois années supplémentaires, pour sauver les profits de la banane.

 

Cancérogène, Mutagène et Reprotoxique

 

 

Trente ans après l’interdiction, on reconnait officiellement les risques liés au chlordécone : Cancérogène, Mutagène et Reprotoxique (CMR) et pertubateur endocrinien. Le programme  Karuprostate a prouvé les liens entre l’exposition au chlordécone et le cancer de la prostate. Le taux de cancers de la prostate dans les Antilles a bondi au premier rang mondial. Augmentation des cas de prématurité, dommages au système cognitif des enfants, troubles psychomoteurs, perte de quotient intellectuel des enfants…

 

Contamination pour des centaines d’années

 

Ces départements d’outre-mer ont payé un très lourd tribut à l’incapacité coupable des pouvoirs publics français et européens (la Commission européenne a mis 12 ans à l’interdire formellement alors qu’on connaissait sa grave toxicité). Mais ce n’est pas fini puisque la rémanence de ces molécules est extrêmement longue. Les sols, les rivières, l’eau, les cultures sont contaminées pour plusieurs siècles.

Lire : Chlordécone, un contaminant persistant aux Antilles

 

 

Le pesticide ne monte pas

 

 

Malgré cette pollution, la banane antillaise continue de s’exporter et de se consommer en France et dans d’autres pays. Diverses études ont montré que, même dans un sol pollué, la substance chimique pesticide ne « monte » pas dans le fruit du bananier. Autrement dit, que la banane n’est jamais porteuse de traces anormales de ce poison, à la différence de plantes tubercules comme la patate douce ou l’igname. Pour l’heure, le grand public doit se satisfaire de la « parole » des scientifiques.

 

JC Nathan

 

Sources : liberation.fr

Photo : Getty image

 

 

 

 

 

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