Mariette Gerber, expert nutrition Anses

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expert nutrition« Dans le futur PNNS, les recommandations porteront aussi sur la qualité des macronutriments. »

 

Chercheur honoraire Inserm au Centre de recherche en cancérologie de l’Institut du Cancer  de Montpellier, Mariette Gerber a beaucoup travaillé sur la prévention nutritionnelle des cancers et autres maladies dégénératives, avec un intérêt particulier pour l’alimentation méditerranéenne. Expert nommée par le ministère de la Santé au Conseil national de l’alimentation (2008-2012), elle est actuellement expert auprès du CES Nutrition de l’Anses.

 

Un groupe d’experts planche sur la réactualisation des recommandations du prochain Programme national nutrition santé 2015-2020. D’ores et déjà, que peut-on dire du programme en cours, le PNNS 2011-2015 ?

 

Nous ne travaillons  pas sur l’évaluation des actions 2011-2015 mais je peux signaler une ou deux tendances. Parmi les résultats déjà notables, il y a une relative stabilisation de l’obésité chez les enfants. Concernant les objectifs de consommation de végétaux, on a du mal à atteindre les niveaux recommandés, notamment sur les légumes et les légumineuses.

 

Dans le futur PNNS, certains objectifs nutritionnels vont être modifiés. Lesquels ?

 

En France, le ministère de la santé a demandé la saisine de l’Anses afin de réactualiser les recommandations nutritionnelles en fonction des nouveaux facteurs de risque en matière de santé. Cette réactualisation qui a été faite par la plupart des grands pays est déjà en cours en France. Les ajustements en cours portent notamment sur la consommation de certaines vitamines, la proportion des nutriments et de macronutriments….

Les travaux menés à l’OMS ou à l’Anses (2008-2009) ont déjà montré qu’on pouvait augmenter la proportion de lipides. Désormais, la part recommandée des lipides dans l’apport énergétique est de 35 à 40 % (au lieu de 30% précédemment).

Mais davantage qu’une question de proportions, la réflexion actuelle porte sur la qualité des lipides et des glucides. En lipides, on avait recommandé ainsi la consommation quotidienne de 500 mg d’acides gras oméga 3 à longue chaîne EPA ou DHA.

 

Qu’en est-il des glucides ? On critique parfois les recommandations du PNNS en faveur des féculents

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Il n’y a pas encore eu de réactualisation des objectifs officiels sur les glucides. Personnellement, je me bats, avec nombre de mes collègues, contre l’utilisation du terme féculent qui a tendance à promouvoir essentiellement les aliments à forte teneur en amidon. Il faut davantage promouvoir la catégorie et le terme de légumineuse qui recouvre des aliments qui certes, contiennent de l’amidon, mais sont riches en protéines, en fibres et en micronutriments. On en revient à la notion de qualité des macronutriments.

 

Qu’en est-il de la place des laitages dans les futures recommandations ?

 

C’est en cours d’analyse et de réflexion.

 

Quid des vitamines, en particulier de la vitamine D dont on dit que beaucoup de gens manquent ?

 

On sait que l’apport en vitamine D provenant de l’alimentation ne suffit pas. Pour obtenir un statut adéquat, il faut soit augmenter la synthèse endogène grâce aux UVB soit supplémenter. Mais tout le monde n’est pas d’accord sur le chiffre caractérisant le statut adéquat. En France, le problème est plus crucial pour les populations noires qui synthétisent moins bien la vitamine D.

D’autres  recommandations ne devraient pas être modifiées telles celles concernant les vitamines A et C ou encore la vitamine B9 (qui permet d’améliorer le statut en folates des femmes en âge de procréer)

 

La communication est un point clef de l’efficacité du PNNS. Comment faire quand le message devient plus « fin » ?

 

Il est vrai que certains messages sont plus difficiles à faire passer. Il va falloir travailler sur la formulation pour mieux diffuser la notion de qualité des macronutriments. L’Anses est partie prenante dans la transcription des messages afin que ceux-ci reflètent les recommandations des experts. Mais c’est au ministère de la Santé que revient la responsabilité d’élaborer la communication.

 

 

Qu’y a-t-il de vraiment novateur dans l’élaboration du PNNS 2015-2020 ?

 

Les futures recommandations vont tenir compte du modèle de consommation alimentaire des Français, tel qu’il ressort de l’enquête Inca 2 (Etude individuelle Nationale sur les Consommations Alimentaires 2006-2007).

En intégrant les habitudes alimentaires réelles, nous voulons mentionner dans le futur programme des aliments précis (yaourts, viande rouge-viande transformée, etc) et des profils-type, avec des quantités pour chaque groupe d’aliment. Ces profils vont correspondre à des apports optimaux en macro-nutriments et nutriments. L’idée est d’aboutir au profil idéal d’une alimentation équilibrée et diversifiée, mais en accord avec la consommation réelle des Français. Par exemple, on ne mentionnera pas un produit comme le tofu (soja), qui est encore peu courant en France.

 

On a dit parfois que le volet « exercice physique » n’est pas assez valorisé dans le PNNS ?

 

Un groupe d’experts travaille aussi  à une prise en compte très claire de l’exercice physique. Il va y avoir une description de toutes les activités physiques à prendre en compte, telles que le fait de monter des escaliers, d’aller à pied faire ses courses, de faire de la marche tous les jours, et pas uniquement la pratique d’un sport plus intense une fois par semaine. Ces recommandations en matière d’exercice sont aussi très importantes pour les personnes âgées encore autonomes, mais qui ont un métabolisme plus lent et doivent absolument pratiquer de l’exercice.

 

 

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