Chercheuse d’aluminium

0
465

Cécile Vignal est enseignant-chercheur au LIRIC, UMR 995 INSERM/ Université Lille 2. Elle fait partie d’une équipe de recherche qui travaille sur l’exposition à l’aluminium. Son université a organisé en mars 2015 le 11ème Keele Meeting, un congrès mondial sur l’aluminium.

 

Dans nos modes de vie modernes, l’aluminium est très présent (emballages, vaccins, pharmacie, dentaire, cosmétologie, eau, aliments…). Que peut-on dire de l’exposition à ce métal reconnu comme toxique ?

 

Les sources d’exposition à l’aluminium sont multiples et il est difficile d’apprécier le niveau global d’exposition à l’aluminium. Les études réalisées à ce sujet ont utilisé des approches par type d’exposition (orale, cutanée) et/ou par produit (les anti-transpirants, par exemple) ou groupes de produits. Le mode de vie, par exemple le fait de fumer, entre en ligne de compte également. A ma connaissance aucune étude globale prenant en compte toutes les sources et substances n’est disponible.

 

Quelles sont les données connues ?

 

Selon l’étude française EAT (étude de l’alimentation totale), l’exposition moyenne de la population française à l’aluminium via l’alimentation est de 0.28mg/kg pc/semaine chez l’adulte et 0.42 mg/kg pc/semaine chez l’enfant. Cette exposition est inférieure à la dose hebdomadaire tolérée provisoire (DHTP) qui est de 1mg /kg pc/semaine. Mais elle peut être dépassée pour une petite partie de la population (0.2% des adultes, 1.6% des enfants), en fonction des habitudes alimentaires.

 

Quelles sont les premières sources de cette exposition ?

 

L’alimentation, les produits cosmétiques, la cigarette, les médicaments peuvent être considérés comme les sources d’exposition les plus importantes. Mais il faut garder en tête que toutes les routes d’exposition ne se valent pas. Parfois, la voie d’exposition est plus importante que la quantité d’aluminium à laquelle on est exposé.

 

Certains aliments (thé, café, légumes…) sont mis en avant comme plus « contaminants à l’aluminium ». 

 

L’étude française EAT montre que chez l’adulte, les boissons chaudes – autres que le café – (16%), et les légumes (13%) sont en effet les sources « majoritaires » d’exposition à l’aluminium, même si ce ne sont pas des sources beaucoup plus élevées que les autres aliments. Chez l’enfant, les « plus gros contributeurs » sont les pâtisseries (20%) et les produits laitiers (14%)*

Cet aluminium provient de trois sources ; l’aluminium naturel  contenu dans les sols où sont faites les cultures, l’aluminium présent dans les additifs alimentaires, l’aluminium provenant du contact avec les ustensiles de cuisine.

 

Il y a deux ou trois ans, on a tiré la sonnette d’alarme concernant l’exposition des bébés à l’aluminium, via les laits infantiles. Y-a-t-il eu à votre connaissance des nouvelles études et/ou des mesures prises sur ce sujet ?

 

En effet, une équipe britannique a trouvé de l’aluminium dans les laits infantiles. Les quantités mesurées se sont avérées très hétérogènes en fonction des laits analysés. Dans certains laits, on a trouvé une quantité pouvant amener à dépasser la dose tolérable. En France, l’Anses, dans un récent rapport sur l’EAT infantile, révèle l’exposition des enfants de 0 à 3ans à l‘aluminium. La moyenne haute d’exposition est comprise entre 31,5µg/kg/jour pour les enfants de 1-4 mois et 55,1µg/kg/j pour les 13-36 mois. Le contributeur majeur étant les préparations infantiles, aliment quasi exclusif jusqu’à 7 mois. A partir de 7 mois, les légumes deviennent un autre contributeur majeur.

 

L’aluminium est probablement un facteur entrant dans diverses pathologies :  maladies inflammatoires digestives, Alzheimer, maladies neurologiques…. Que sait-on aujourd’hui sur le rôle délétère de l’aluminium ?

 

Les seuls effets réellement prouvés chez l’homme sont des effets neurologiques suite à une exposition à de fortes doses d’aluminium notamment par les liquides de dialyse (un problème résolu maintenant) ou chez les travailleurs de l’aluminium. L’aluminium est en effet suspecté dans le développement ou l’exacerbation d’un certain nombre d’autres pathologies (maladie d’Alzheimer, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, cancer du sein) sans pour autant avoir la preuve formelle qu’il s’agisse de la cause, les études étant réalisées sur modèles expérimentaux.

 

Dans le cancer du sein par exemple, des preuves expérimentales suggèrent que l’aluminium peut avoir un impact négatif sur la biologie des cellules mammaires pouvant induire le développement de multiples caractéristiques néoplasiques**. Il pourrait s’agit d’une susceptibilité particulière de certaines personnes, due notamment à des altérations génétiques.

 

Faudrait-il prendre des mesures sanitaires plus sévères vis-à-vis du risque « aluminium » ? Des mesures de détoxification ?

 

Plus d’études notamment épidémiologiques sont encore nécessaires. Cependant, le risque étant potentiel, le mieux serait de diminuer notre exposition et d’encourager les industries à diminuer les doses d’aluminium dans leurs différents produits, voire à l’éliminer.

 

* Source : Arnich N et collaborateurs, Food and Chemical Toxicology 2012. Vignal et collaborateurs, Morphologie, 2016).

** Source : Dabre, morphologie 2016.

AUCUN COMMENTAIRE