Herbicides : l’eau potable en danger

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Les herbicides apparaissent aujourd’hui comme une menace sérieuse pour l’eau potable. Les signaux d’alerte se multiplient.

 

Les herbicides sont-ils en train de contaminer gravement les sources d’eau potable en France. Boire sans danger l’eau du robinet va-t-il devenir un privilège ? Ces derniers mois, les alertes pleuvent. Au fil des recherches scientifiques et des contrôles de conformité par les autorités de santé, les mauvaises nouvelles s’amoncellent.

 

 

Seuils dépassés dans un quart des communes

 

 

En 2021,  les agences régionales de la santé font presque par hasard une découverte inquiétante. Dans environ un quart des communes françaises, pour l’essentiel au nord, à l’ouest et à l’est de la France, les normes de qualité de l’eau exigées pour être potable ne sont pas respectées à certains moments de l’année. Autrement dit, des seuils de toxicité sont dépassés pour diverses substances chimiques. Ce constat inquiétant est lié à la recherche dans l’eau des métabolites de pesticides, c’est-à-dire les molécules issues de la dégradation des pesticides.

 

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Un dixième de microgramme par litre

 

 

En améliorant les techniques d’analyse, l’Agence nationale de ­sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a repéré qu’une forte proportion d’échantillons d’eau dépassaient les normes de qualité imposées par l’Europe. A savoir 0,1 microgramme par litre (µg/l) pour une seule molécule (ou métabolite) et 0,5 microgrammes pour la totalité des molécules présentes.

 

 

Risques cancérigènes

 

 

Les noms des molécules (prosulfocarbe, chlortoluron, chloridazone, S-métolachlore, etc), encore plus ceux de leurs dérivés ou métabolites (desphényl-chloridazone, ESA-métolachlore …) sont mystérieux et . Mais pour la petite communauté scientifique des toxicologues, ils signifient souvent risques cancérogènes, génotoxiques, perturbateurs endocriniens, etc.

 

 

S-métolachlore, herbicide vedette

 

 

Le S-métolachlore est un herbicide allègrement utilisé dans diverses cultures (maïs, tournesol, soja…), à raison de 2000 tonnes de produits par an. Au fil des années, des milliers voire des dizaines de milliers de tonnes de dérivés chimiques de cet herbicide ont pollué les sols et les nappes. C’est pour cette raison que l’Anses a réclamé son interdiction en février dernier. Un avis scientifique immédiatement contesté par le ministre de l’Agriculture, désireux de rassurer les agriculteurs…

 

 

Effets dits cocktails

 

 

Autorités sanitaires et pouvoirs publics se retrouvent aujourd’hui dans une situation inconfortable. Au fur et à mesure que de nouvelles substances chimiques toxiques sont recherchées (il en existe plus d’un millier), on fait le constat des dépassements de seuils de potabilité et le nombre de communes exposées en France augmente de façon très inquiétante.

 

Le phénomène est aggravé par de possibles effets dits « cocktails ». Les toxicologues ont en effet démontré que des effets dangereux apparaissent liés au croisement des molécules chimiques entre elles. Autrement dit, le seul critère du seuil de conformité, molécule par molécule, ou de la somme des molécules, n’est pas suffisant pour évaluer la dangerosité de la pollution pour l’organisme.  De quoi poser de nouvelles questions sanitaires dans les mois à venir.

 

Lire aussi: Des fruits toujours plein de pesticides

 

JC Nathan

 

Sources : Le Monde

Pesticides : de l’eau potable non conforme pour 20% des Français

Libération

Le S-métolachlore, l’un des herbicides les plus courants