Michel Lessire, expert en alimentation avicole

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Michel Lessire Inra

Michel Lessire est chercheur à l’Inra, à l’unité biologie des oiseaux et aviculture de Tours Nouzilly. Il explique la problématique du recours du soja dans l’alimentation des volailles.

 

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La France est très dépendante en matière de soja pour nourrir les animaux d’élevage. Elle importe une grande partie de ses besoins et participe ainsi à la déforestation au Brésil, principal producteur de soja. Expliquez-nous cette situation…

 

 

La France importe environ quatre à cinq millions de tonnes de soja, effectivement en grande partie du Brésil. Ce sont des élevages de volailles qui sont les plus gros consommateurs et les élevages de ruminants dans une moindre mesure. Une poule pondeuse a besoin d’une ration de 15 à 16% de protéines et donc d’un complément protéique concentré à sa ration de céréales. Le blé n’apporte que 10% de protéines. Le tourteau de soja apporte presque 50% de protéines, avec un excellent profil en acides aminés.

 

 

Y-a-t-il d’autres sources de protéines possibles ?

 

 

Les farines animales (PAT) sont interdites chez les monograstiques (porcs, volailles…). On a les farines de poisson peu utilisées chez les monogastriques à cause de leur prix. On peut élaborer des produits protéinés à partir des tourteaux de colza, de gluten, de tournesol…(parfois utilisé dans l’élevage bio) mais cela conduit à un surcoût.

 

 

L’Etat met régulièrement en place des Plan Protéines pour encourager la production de protéagineux, source de protéines… ?

 

 

Les protéagineux (pois, fèverole…) sont de bonnes sources de protéines, qui s’intègrent bien dans la rotation des cultures. Mais l’engagement des agriculteurs dépend beaucoup des subventions publiques qui sont très variables. En général, ils préfèrent les céréales, cultures plus sûres, qui demandent moins de travail et sont mieux rémunérées.

 

Pourquoi la France produit-elle peu de soja ?

 

Le soja demande beaucoup de chaleur et d’eau. On en cultive dans le sud-ouest. Pour encourager cette culture, il faudrait sans doute des aides à la sélection de variétés adaptées, une aide agronomique.

 

 

L’agriculture française reste donc dépendante des protéines étrangères et en particulier de soja ?

 

 

Oui, mais comparativement à nos voisins européens, notre dépendance en protéines (42% de nos besoins) est l’une des moins élevées. Si nous importons beaucoup de soja, c’est parce que notre production porcine et avicole est très importante en volume. En France, nous produisons 18 à 20 millions d’aliments composés pour l’élevage (intégrant 30% de soja). Mais à terme cette dépendance au soja devrait baisser. La consommation de produits animaux et la production animale vont baisser sur le moyen-long terme.

 

 

Comment réagit l’élevage bio sur ces questions ?

 

 

L’élevage bio et ceux sous contraintes de qualité (label, fermier) devrait faire évoluer leurs ses cahiers des charges, encore très centrés sur une forte proportion de céréales (70 à 75%), ce qui contraint sur les 25% restant à privilégier des protéines concentrées, donc du soja. A terme, les chartes devraient permettre d’intégrer davantage de protéagineux (pois, féverolles…).

 

 

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