La bioaccumulation des pesticides

0
582
ver terre pesticide

De nouvelles recherches mettent à jour un phénomène encore méconnu, l’accumulation des pesticides dans les sols et leur contamination des chaînes alimentaires. Une preuve de la bioaccumulation des pesticides.

 

 

 

La bioaccumulation des pesticides semble avérée. Des chercheurs du CNRS et de l’Inrae, dans une étude à paraître en janvier prochain dans la revue Agriculture, Ecosystems & Environment viennent de prouver la forte accumulation des diverses substances chimiques pesticides (herbicides, insecticides, fongicides). Les scientifiques ont passé au crible 180 échantillons de terre prélevés dans la région de Chizé (Deux-Sèvres), une zone de plaine céréalière d’études pour le CNRS.

 

Lire aussi : Encore plus de pesticides

 

 

Neuf échantillons sur dix

 

En se focalisant sur la recherche de 31 pesticides, ils ont retrouvé des traces d’au moins une substance dans chacun des échantillons. Neuf échantillons sur dix contiennent un mélange d’au moins un insecticide, un fongicide, un herbicide. Le constat est d’autant plus accablant que les échantillons ont été prélevés dans des parcelles agricoles cultivées en « conventionnel », mais aussi dans des parcelles en agriculture biologique, sur des prairies et divers autres éléments du paysage (haies, bosquets…) qui ne sont pas traitées par les agriculteurs. Ces éléments de la nature aux limites des champs sont des abris de la microfaune, en particulier des pollinisateurs sauvages.

 

 

Dix pesticides différents

 

 

La pollution est donc bien plus élevée que ce que l’on imaginait. « Dans 40% des cas, on retrouve plus de dix pesticides différents », a expliqué Vincent Bretagnolle, écologue au CNRS. Les quatre substances les plus présentes dans les sols sont le diflufenican (herbicide), l’imidaclopride (insecticide néonicotinoide utilisé sur les cultures de betterave, suite aux récentes dérogations), le boscalide et l’époxiconazole (fongicides).

 

 

Dans les vers de terre

 

 

Les quatre substances les plus présentes dans les sols sont le diflufenican (herbicide), l’imidaclopride, le boscalide et l’époxiconazole (fongicides).  Les chercheurs ont franchi une nouvelle étape en recherchant des traces de pesticides dans les vers de terre. L’hypothèse d’une bio-accumulation des substances chimiques pesticides se vérifie. Dans 80 % des vers de terre prélevés, ils ont retrouvé de l’imidaclopride (nom commercial : Gaucho. Largement utilisé par les agriculteurs, puis interdit et réautorisé par dérogation pour les cultures de betterave).

 

 

Niveaux de concentration spectaculaires

 

 

L’imidaclopride est présent à des niveaux de concentration, entre 100 et 500 parties par milliards, jugés faramineux par les scientifiques. A titre de comparaison, le niveau de concentration est 100 à 400 fois supérieur aux traces relevées dans du nectar de colza, après traitement des cultures à cet insecticide.

 

Cette preuve de la bioaccumulation des substances pesticides est une nouvelle inquiétante car elle met en évidence les risques pesant sur la santé environnementale et sur les chaînes alimentaires en général.

 

A lire aussi : Adieu les néonicotinoïdes, vive les abeilles

 

JC Nathan

 

 

Source : Le Monde. Des niveaux alarmants de pesticides dans les sols. Stéphane Foucart. 30 octobre 2020.

 

 

AUCUN COMMENTAIRE