Protéines de soja : une dépendance problématique

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L’élevage français exige de grandes quantités de protéines végétales, ce qui se traduit par de lourdes importations de soja du Brésil. La dépendance protéique de la France a de graves conséquences environnementales.

 

L’oeuf, le lait, le poulet, la dinde, la viande de porc ou de boeuf…  Pour produire ces protéines animales, nous importons chaque année 4 à 5 millions de tonnes de soja, aliment-clef de l’élevage. Ce soja provient en majeure partie du Brésil, pays qui procède à une sauvage déforestation pour accroître les surfaces cultivées de soja et autres cultures à haut rendement.

 

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La dépendance protéique

 

 

Selon une étude de l’Inra, la dépendance protéique de la France, c’est-à-dire la part de protéines végétales importées par rapport à la quantité totale de protéines nécessaire pour l’élevage (toutes espèces confondues) est de 40 à 42%. Il s’agit pour l’essentiel de soja, sous forme de tourteaux de soja (partie sèche restante après extraction de l’huile). Cette dépendance est inférieure à celle de l’Europe en général (aux alentours de 60 à 70%) mais compte tenu de l’importance de l’élevage français, elle génère d’énormes importations de soja.

 

 

Un cinquième de la ration en protéines

 

 

L’élevage le plus consommateur de soja est celui de la volaille. Pour grandir, les poulets (en particulier, les souches à croissance rapide, c’est-à-dire l’élevage standard) ont un fort besoin de protéines : aux alentours de 20% de leur ration, ou autrement exprimé, 190 à 220 g de protéines par kilo d’aliment. Les porcs et les bovins ont relativement moins besoin de protéines (environ 20% moins).

 

 

Un aliment très protéiné

 

 

Les éleveurs pourraient choisir d’autres sources de protéines (maïs, tournesol, protéagineux…) mais il s’avère que le soja est un aliment très protéiné : 46 à 48% de protéines pour le tourteau de soja, contre 30 à 35% pour le colza et le tournesol, qui plus avec des protéines d’excellente qualité et bien équilibrées.  Très naturellement, l’élevage français achète des compléments protéiques à base de soja (soja OGM importé d’Amérique latine) qui constituent les protéines les moins chères du marché.

 

 

Colza, tournesol, et autres protéines de substitution

 

 

Les tourteaux de soja importés se négocient aux alentours de 250 à 300 euros la tonne. Le soja non OGM produit en France coûte au minimum 20% plus cher. Depuis les années 1970, la France enchaîne les plans Protéines afin d’encourager les cultures de protéagineux (pois, féverole) et d’oléagineux (colza, tournesol) et améliorer son indépendance protéique. Importer 40% de ses protéines et ainsi participer à la déforestation de la planète semble en effet incompréhensible pour un grand pays agricole.

 

JC Nathan

 

Sources : L’autonomie protéique : état des lieux et voies d’amélioration pour l’alimentation des volailles. E. Recoules, N. Brevault, P. Le Cadre, C. Peyronnet, I. Bouvarel, M. Lessire INRA Prod. Anim., 2016, 29 (2), 129-140

 

Photo : celluleinfoviandes

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