Philippe Froguel, professeur de diabétologie

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philippe Froguel

philippe FroguelLe professeur Philippe Froguel est médecin, professeur de diabétologie au CHRU de Lille et directeur de l’unité de recherche CNRS-Université de Lille à l’Institut Pasteur de Lille sur le diabète et l’obésité. Il est également professeur de génétique à l’Imperial College de Londres.

 

Qu’est-ce que le diabète ?

 

Par définition, le diabète est une maladie liée à l’augmentation de la glycémie. Elle se diagnostique par un chiffre (au même titre que l’hypertension artérielle et l’hypercholestérolémie) : 1,26 grammes de sucre par litre de sang le matin à jeun. Le diabète est également décrit comme une «maladie du gras» car on observe une augmentation du cholestérol et des lipides dans le sang. La maladie peut être responsable au bout d’une quinzaine d’année de complications au niveau des yeux, des reins et de problèmes cardiovasculaires.

 

 

Quelles sont les causes principales du diabète ?

 

Le facteur premier du diabète est l’obésité. Mais, ce n’est pas parce que l’on est obèse que l’on est forcément diabétique : seulement 20% des personnes obèses deviennent diabétiques. Mais, pour les individus ayant une prédisposition au diabète, être en surpoids ou obèse va accentuer les risques.

 

Le facteur numéro 2 est la famille. Il existe des familles de diabétiques comme il existe des familles d’obèses. Le patrimoine génétique explique à 60% le fait que l’organisme (le pancréas) ne secrète pas assez d’insuline pour empêcher de devenir diabétique.

Lorsqu’on vieillit ou lors d’une grossesse, on va également secréter moins d’insuline

 

Quelle est l’importance de l’alimentation ?

 

Le fait de manger des aliments à index glycémique élevé ou non n’a aucune importance. La nutrition n’a pas d’effet sur la survenance du diabète. Une alimentation déséquilibrée fait grossir mais rien ne prouve qu’elle rende insulino-dépendant. Cela n’a pas été prouvé. Rappelons que l’on devient diabétique à une double condition : le fait d’être en surpoids ou obèse, et que le pancréas ne donne pas assez d’insuline.

 

Mais quelles sont les incidences de prises élevées de sucre ?

 

Ce n’est pas l’alimentation sucrée qui provoque du diabète. Cela étant, pour un pré-diabétique (glycémie à jeun de 1,20 g/l), prendre un jus d’orange va provoquer une hyperglycémie avec des taux qui peuvent monter à 2 ou 3 g/l.Par ailleurs, des recherches récentes mettent en évidence que les sodas représenteraient un facteur de risque du diabète.

 

Revenons aux liens obésité-diabète. Dans un article récent, vous rappelez que juste après une chirurgie de l’obésité, une majorité patients ne présentent plus de diabète….

 

Effectivement, une personne obèse qui vient de bénéficier de la pose d’un anneau gastrique (bypass) ne présente plus de diabète après l’opération, avant même d’avoir perdu un kg. Cela tendrait à prouver que l’on a à faire à des mécanismes complexes entre nutriments, système digestif et flore intestinale, avec des incidences sur le plan hormonal et la production d’insuline. La question des calories a sans doute moins d’importance que l’on croit.

 

Il n’y aurait pas a priori d’alimentation spécifique anti-diabète ?

 

J’ai l’habitude de dire que la nourriture d’un diabétique doit être celle de n’importe qui. Il faut une alimentation saine pour éviter des complications sur le plan cardiovasculaire ; en particulier, il faut prohiber une alimentation à forte teneur en sel. Mais il n’y aucune raison de se focaliser sur la question de l’effet glycémiant des aliments.

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